Le Venezuela souffre d’une hyperinflation incontrôlée. Début octobre, le gouvernement a de nouveau supprimé six zéros de la monnaie ; en quelques années, 14 zéros ont déjà été supprimés du bolivar. Cette hyperinflation touche les plus pauvres, qui voient leurs maigres revenus diminuer, tandis que la faim et le manque d’opportunités sont en hausse. Mgr Raul Biord, salésien et évêque du diocèse de La Guaira, dans le centre-nord du pays, témoigne. Interview réalisée par Maria Lozano.

Une cantine, organisée par le diocèse de la Gaira.

Que peux faire l’Église du Venezuela pour aider ceux qui souffrent de la faim, de l’absence de perspectives ?

Les prêtres, les religieuses, les catéchistes, les agents pastoraux et les bénévoles des Caritas paroissiales s’efforcent d’être proches des gens, en particulier des plus pauvres. L’Église s’engage dans les différents diocèses et paroisses à aider les plus démunis à travers différents programmes alimentaires pour les enfants et les personnes âgées dans le besoin. Les niveaux de malnutrition sont très élevés chez les nourrissons et les femmes enceintes. On mesure le poids, la taille et la circonférence des muscles des bras des plus jeunes enfants, et ceux qui sont diagnostiqués comme souffrant de malnutrition reçoivent des multivitamines et de la nourriture. Il existe également de nombreuses soupes populaires dans les paroisses, les dispensaires et les centres de santé paroissiaux, où des milliers de bénévoles aident quotidiennement les plus vulnérables.

L’une des tâches les plus importantes dans les paroisses et les communautés religieuses est d’aider à maintenir l’espérance, comme la Vierge Marie au pied de la croix. Nous savons que le bon Dieu ne peut pas nous abandonner dans le besoin, qu’Il est là et qu’Il ne nous laissera pas seuls : au contraire, Il nous donne la force de nous battre.

Êtes-vous libre d’entreprendre des actions sociales ou rencontrez-vous des obstacles de la part du gouvernement pour le faire ?
L’Église mène de nombreux programmes sociaux et trouve une liberté d’action suffisante. Il y a des obstacles partout, juridiques et administratifs, des difficultés pour acheter et transporter la nourriture et les médicaments mais s’il y a de la coopération et de la bonne volonté des deux côtés, on peut toujours trouver des solutions.

Nous sommes ici pour servir les gens, surtout les plus pauvres. Notre rôle et notre engagement consistent à être une présence qui apporte la lumière de l’Évangile à la situation. La meilleure contribution que nous puissions apporter au pays est un discernement sérieux basé sur les principes de la Doctrine Sociale de l’Église. Parfois, cette voix peut contrarier certains, du gouvernement ou de l’opposition, de différents groupes économiques et sociaux, mais la prophétie ne peut pas rester silencieuse. La proclamation du Royaume de Dieu est souvent en contradiction avec les injustices que nous, les humains, commettons et qui nuisent aux plus pauvres.

Comment l’Église vit-elle cette crise sur le plan spirituel ?
Dans l’Église, nous sommes portés par l’amour du Christ et l’ardeur à proclamer le Royaume de Dieu. De Dieu et en Dieu, nous trouvons la force spirituelle pour agir en tant que chrétiens dans la réalité sociale et économique dans laquelle nous vivons. La « voie de la charité sociale » a réussi à ramener dans la communauté de nombreuses personnes qui étaient éloignées de la foi, parce que dans le service, elles ont redécouvert le Dieu qui s’est fait bon Samaritain et nous invite à le suivre sur ce chemin.

Mgr Raul Biord, salésien et évêque du diocèse de La Guaira

Y a-t-il aussi des vocations sacerdotales ?

Au milieu de tant de souffrances, et comme un don de Dieu, de nouvelles vocations sacerdotales ont fleuri. Beaucoup de jeunes répondent positivement à l’appel de Dieu à devenir des pêcheurs d’hommes, des semeurs d’espérance. Dans le séminaire du diocèse de La Guaira cette année, il y a 56 séminaristes de différents diocèses, notamment de la province de Caracas.

Comment la crise sanitaire a-t-elle affecté l’Église au Venezuela ?

Le pays connaissait déjà une grave crise sanitaire avant la pandémie de COVID, en raison du manque de médicaments, de l’exode des médecins et des infirmières qui ont émigré à la recherche de meilleures conditions de vie, de la détérioration des hôpitaux, de l’absence d’un véritable système de santé publique qui donne des réponses précises aux problèmes. La COVID a aggravé la situation. Nous sommes maintenant sur une troisième vague et dans une courbe ascendante de contagions et de décès, dont 43 prêtres, parmi lesquels l’évêque de Trujillo, Mgr Oswaldo Azuaje, et le cardinal Jorge Urosa. Dans les cliniques et les hôpitaux catholiques, nous nous sommes mis au service des plus démunis et des personnes infectées par le virus. Nous avons besoin de soutien pour renouveler l’équipement et disposer des médicaments dont nos patients ont besoin.

Parvenez-vous à garder le contact avec les Vénézuéliens réfugiés ? Perdent-ils le lien avec l’Église quand ils arrivent dans un pays étranger ?

Les migrants vénézuéliens sont près de sept millions. C’est la plus grande migration de l’histoire moderne en moins d’une décennie. La vie de chaque migrant est toujours difficile et douloureuse. Les gens ne quittent pas leur pays parce qu’ils le veulent, mais fuient la faim, la violence, la guerre, le manque de conditions de vie décentes, l’absence de perspective. Il existe déjà des communautés plus ou moins organisées de Vénézuéliens dans les différents pays où ils sont arrivés, où ils trouvent des conseils et de l’aide.

Notre peuple vénézuélien est profondément religieux, il croit en Dieu, il a une grande dévotion pour la Vierge Marie dans ses différentes invocations, il ressent la proximité du bienheureux José Gregorio Hernández, médecin des pauvres. L’une des rares choses qui tiennent dans la valise du migrant vénézuélien est la foi en Dieu. Quand ils arrivent dans les nouveaux pays, ils cherchent l’Église catholique. Les Églises des différents pays les ont accueillis avec affection. Ils sont aidés par le biais des programmes sociaux de Caritas pour prendre soin des migrants. Certains évêques nous disent que beaucoup de leurs paroisses ont été renouvelées pastoralement grâce à la contribution et la participation des migrants vénézuéliens. Nous nous en réjouissons et demandons à tous les diocèses de les valoriser et de les intégrer dans leurs communautés. Comme ce fut le cas pour la première communauté chrétienne (cf. chapitre 8 des Actes des Apôtres), la diaspora des disciples a permis à l’Église de croître par l’annonce de l’Évangile des migrants.

Pour nous, il est important de parvenir à résoudre les problèmes du pays, d’arrêter la migration de masse qui nous appauvrit encore plus, car la majorité des migrants sont des jeunes. Si les bonnes conditions étaient créées, non seulement les Vénézuéliens, mais tous les migrants retourneraient dans leur lieu d’origine, car pour tous les peuples, il n’y a pas de meilleur pays que le leur.

Qu’attendez-vous de l’Église universelle ? Quels sont vos besoins les plus cruciaux ?

Nous espérons que les Églises sœurs des autres pays ne nous laisseront pas seuls. Nous attendons leurs prières et leur coopération afin de continuer à accompagner les pauvres dans leurs besoins : nourriture, santé, éducation, formation professionnelle… mais aussi souci des besoins spirituels. Aidez-nous à faire en sorte que les prêtres et religieuses restent parmi le peuple, qu’ils puissent assurer l’entretien minimum des églises et que les centres sociaux, espoir pour les pauvres, où nous partageons le pain, ne soient pas obligés de fermer. Merci pour toute la collaboration de l’AED. En elle nous découvrons que, véritablement, concrètement, nous sommes une Église catholique, c’est-à-dire universelle parce qu’elle est fraternelle.

Une soeur apporte la communion à un vieil homme malade. Diocèse de la Gaira, Venezuela, 2021.

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