Le territoire arménien est attaqué par l’armée azerbaïdjanaise qui emploie des drones et de l’artillerie. Ces scènes de guerre font craindre une nouvelle conquête au détriment des Arméniens, déjà durement éprouvés.

Une grand-mère et une mère fleurisse la tombe de leur petit-fils et fils, tombé au front en 2020. Cimetière militaire d’Erevan, Arménie.

Mardi 13 septembre, de violents affrontements ont opposé les armées de l’Azerbaïdjan et de l’Arménie. Il y aurait une centaine de morts du côté des soldats arméniens, la moitié du côté des forces de l’Azerbaïdjan. Ce sont les incidents les plus graves depuis la guerre de 2020, et ils laissent présager un nouveau conflit.

L’Arménie dans le collimateur

Car il suffit de prendre une carte pour que l’ambition de l’Azerbaïdjan apparaisse en toute transparence. Elle souhaite s’approprier la partie sud de l’Arménie de façon à rétablir sa continuité territoriale avec l’exclave du Nakhitchevan. Cette région transfrontalière qui fut arménienne, a été octroyée à l’Azerbaïdjan par Staline et totalement évidée de sa population arménienne originelle durant la période soviétique. Le président azerbaïdjanais Aliyev peut compter, pour son projet, sur le soutien indéfectible de la Turquie d’Erdogan. Le président turc, ouvertement nostalgique de l’Empire ottoman, rêve d’une zone d’influence turcophone s’étendant sur toute l’Asie centrale.

Kéram Kévonian, ingénieur d’études à l’EHESS et auteur, craint qu’à vue humaine, le salut de l’Arménie ne dépende que de son allié historique russe : « L’Otan laisse faire la Turquie, c’est un allié de première importance dans le conflit qui l’oppose à la Russie ». La guerre en Ukraine peut donner le sentiment à l’axe Turquie-Azerbaïdjan qu’il peut impunément s’en prendre à la petite Arménie, estimant que le grand frère russe est occupé ailleurs.

On se souvient qu’en 2020, au terme de 40 jours de guerre, l’Azerbaïdjan avait conquis la plus grande partie du Haut-Karabagh, terre arménienne par la culture et le peuplement, mais qui appartenait officiellement à l’Azerbaïdjan. Cette ambiguïté pouvait expliquer – à défaut de justifier – l’absence de réaction internationale sérieuse à l’encontre de l’agresseur. En fin de compte, c’est la Russie de Poutine, alliée historique de l’Arménie, qui avait sifflé la fin de partie. Bien tard, et non sans que l’Arménie doive signer un traité humiliant avec l’Azerbaïdjan. À présent, c’est le territoire souverain de l’Arménie lui-même qui est attaqué, par les bombardements des villes de Goris et Sotk. Force est de constater le caractère inique de cette agression.

Réactions internationales timides

En France, Emmanuel Macron a demandé à l’Azerbaïdjan de « revenir au respect du cessez-le-feu », sans toutefois prendre de mesure ferme. Le député européen François-Xavier Bellamy a appelé à une mobilisation internationale comparable à celle qui a lieu à l’encontre de la Russie après l’agression de l’Ukraine. Il déclarait le 14 septembre : « Arrêtons de légitimer cet État criminel en lui achetant du gaz », au terme d’un discours applaudi par les parlementaires ; mais dont on ignore encore s’il aboutira à des mesures concrètes. L’Azerbaïdjan est en effet devenu une importante source de gaz pour les pays principaux de l’Union européenne, depuis qu’ils ont décrété un embargo sur les hydrocarbures provenant de Russie.

Ce jeudi 15 septembre, un cessez-le-feu a été signé entre les deux pays, mais Kéram Kévonian ne croit pas qu’il durera longtemps. L’Azerbaïdjan a trop à gagner à reprendre le conflit. Et cette énième agression s’inscrit dans la tragique histoire du peuple arménien, qui paraît condamné à subir un nouvel épisode douloureux.

Sylvain Dorient

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